Parenthèse hors sujet
Le 16 mars au soir, la veille du départ en Equateur, nous sommes tout excités et tout contents d’avoir mis notre blog à jour. Nous nous accordons un peu de temps sur le net, et, dans un sursaut de lucidité, je pense : « tiens, je vais aller sur iprof voir si les résultats des mutations sont tombés, au cas où… ». Et là, vous avez compris, ce fut le choc.
En effet, je demande depuis 8 ans à partir de Romo, à vivre une expérience de vie au bord de l’eau, ce qui m’a toujours fait rêver. Sauf que là, je ne m’y attendais pas. J’y arrive : avec le peu de points que j’ai, figurez-vous que je viens d’obtenir une mutation pour Mayotte, une toute petite île coincée entre l’Afrique et Madagascar ! En apprenant cela, je vous assure que Débo et moi sommes passés par 50 000 sentiments, expressions, rires angoissés. Trop bizarre.
C’est un peu la pagaille dans nos têtes, comment Débo va s’organiser pour le boulot, qu’allons nous trouver là-bas comme conditions, etc. Difficile de tout vous expliquer ici. En bref, nous sommes partagés entre :
-l’excitation d’un changement de vie radical. Un vrai nouveau départ.
-l’angoisse de devoir tout organiser à distance, les paperasses, la maison, la voiture, le rectorat et j’en passe. J’ai le stressomètre reparti au maximum, moi qui avais envie de zen pendant 7 mois, sans emmerdes administratives.
-la déception de devoir certainement écourter notre trip, en éliminant la dernière étape, l’Inde, qui nous aurait offert des moments inoubliables et vraiment différents du reste de nos destinations. En effet, on prévoyait un retour en France le 22 août, or il me semble que la rentrée à Mayotte est le 21 août, et faudra bien sûr y aller un peu avant, gérer plein de choses.
-Enfin la culpabilité de nous éloigner encore plus de nos familles, après déjà 7 mois d’absence, tandis que nos frères et sœurs viennent d’avoir des petits. Nous allons inévitablement manquer pas mal de moments forts.
Je vous dresse ce soir un portrait assez pessimiste de nos sentiments à l’heure actuelle, mais ici, isolés à l’autre bout du monde, sans conseils directs de collègues ou autres, on prend vite conscience de ce que l’on va perdre sans savoir trop ce qui nous attend. Pour ma part, mon équipe d’EPS de Genevoix va me manquer, après 8 ans passés ensemble en toute harmonie. Chers collègues, chers amis, sachez que ce soir, ça me fait bizarre de me dire que cette page est définitivement tournée.
En plus j’ai l’impression de sortir par la petite porte, sans même avoir pu faire mes adieux à tout le personnel, les surveillants, l’administration, ma secrétaire préférée, mon Principal guitariste ou encore aux cuisto qui m’ont toujours fait manger avec plaisir. Mais bon, on voulait bouger, on va être servis !
Quelques pensées optimistes pour m’auto-remonter le moral :
-On va vivre au bord de l’eau !!! Plonger à coup sûr, par contre j’ai de suite maté s’il y avait des spots de surf et apparemment non. Faudra bouger.
-On va pouvoir découvrir l’Afrique, qui manquait douloureusement à notre itinéraire. Madagascar et la Réunion, très proches, nous font déjà rêver. Et puis le Kenya…Et puis de là-bas, on pourra sûrement aller en Inde, ce qui nous rassure si nous devons la supprimer de notre Tour du Monde.
-La famille et les potes, qui vont vraiment nous manquer, alors soit nous viendrons, soit ils viendront ou encore nous pourrons nous retrouver dans des contrées exotiques d’Afrique, pour couper la poire en deux (ou la banane…). Et puis il y a internet, et même si là-bas il n’y a pas encore l’ADSL (ça m’a fait halluciner et me fout les boules !), on pourra tout de même communiquer.
Voilà, j’avais besoin de livrer ces états d’âme ce soir, nous sommes à Quito, bien crevés, prêts à vivre des moments extraordinaires. Alors nous allons essayer de ne pas trop nous affoler, nous informer, gérer tout cela au fur et à mesure, en essayant de nous recentrer sur notre voyage. Je clos ainsi cette parenthèse, ce hors-sujet, et vous embrasse fort, avec un pincement au cœur que je n’avais pas ressenti jusqu’alors.